Accélérons l'investissement alternatif

2017, une bonne année pour l’investissement alternatif ?




Jean Oulhen - 9/01/2017

Début décembre 2016, l’agence de notation Moody’s Investors Services a abaissé sa perspective sur l’industrie de la gestion d’actifs de stable à négatif.

En cause ? Principalement un environnement économique défavorable et des performances nettes de la gestion dite active qui restent faibles. Plusieurs points sont mis en évidence par Moody’s :

  1. Une préférence accrue des investisseurs pour la gestion dite passive et low-cost (selon Moody’s la part de marché des ETF – Exchange Traded Funds, ces trackers qui reproduisent la performance d’un index pré-établi sans nécessiter de gestion active – a bondi de 10% en 2012 à plus de 35% en 2016). Ce qui illustre le scepticisme des investisseurs envers la valeur ajoutée d’une gestion active par rapport à sonprix.
  2. La pression sur les commissions, conséquence notamment du point ci-dessus.
  3. L’intensification des contraintes réglementaires pesant sur les asset-managers vers davantage de transparence pour l’investisseur et sur les marges, qui a tendance à augmenter les coûts de gestion.

Quelles seront les conséquences ? Pour justifier sa valeur ajoutée, l’industrie de la gestion active va devoir aller chercher plus de rendement. Pour cela, la recherche de classes d’actifs alternatives fait partie des préoccupations des investisseurs. Les actifs non cotés et privés, qui offrent cette fameuse prime d’illiquidité par rapport aux actifs cotés, sont de bons candidats. Investir dans des actifs non cotés, par nature moins transparents que des actifs cotés et par conséquent plus difficiles à analyser en termes de couple rendement/risque, est certes un choix plus laborieux pour l’investisseur. Pourtant la volonté est là. Au moment où Moody’s annonçait son changement de perspective, un sondage mené par Fidelity auprès de près de 1000 investisseurs institutionnels dans le monde (pesant 21 000 milliards de $ investis) mettait en évidence qu’une majorité d’entre eux envisagent en 2017 et 2018 des modifications substantielles d’allocation de leurs actifs, avec pour 72% d’entre eux un intérêt pour des actifs alternatifs illiquides.

Bonne nouvelle pour l’économie ? Parmi les actifs alternatifs illiquides on pense notamment au crédit en direct à l’économie réelle (financement d’entreprises, de projets, d’infrastructures, d’immobilier, etc.).

Evidemment l’investissement des institutionnels dans ces actifs ne peut représenter qu’une part modérée de leur allocation. Mais rappelons qu’en ce qui concerne les institutionnels du secteur de l’assurance vie, des actifs longs, peu liquides, sont adaptés pour adosser une part des passifs longs issus des contrats d’épargne de leurs clients. Faisons un calcul simple : si 72% de 21 000 milliards de $ s’orientent, ne serait-ce que pour une fraction de pourcent, vers les actifs illiquides, cela représente un flux de plusieurs dizaines voire centaines de milliards de $.

Donc oui, bonne nouvelle pour l’économie, à la condition que les canaux d’investissement soient prêts à recevoir cet afflux de capitaux, tout en offrant une parfaite transparence sur la qualité des actifs. Les nouveaux modèles de crédit alternatif non bancaire tels que les plateformes de prêt en ligne ou de gestion digitale de dette privée font partie de ces canaux d’investissement. Cela laisse présager sur les prochaines années d’une croissance maintenue du marché du prêt en ligne dont l’enjeu sera de se structurer et se professionnaliser encore davantage pour répondre efficacement à cette demande accrue des investisseurs.



Sources :

Moody’s Investors Services
Fidelity